François Truffaut, on le sait, avait une véritable passion pour la littérature, à tel point, qu’il n’a pas hésité à s’inspirer très fortement d’un très beau roman d’Anatole France (1844-1924), grand écrivain français du siècle dernier, pour élaborer une scène fameuse de son film Baisers volés (1970). Chef-d’oeuvre du 7 ème art, avec un Doisnel très troublé par le jeu de séduction sans équivoque de l’ensorcelante Delphine Seyrig, une ressemblance troublante avec la jeune fille du roman d’Anatole France qui a de quoi troubler tout investigateur un peu perspicace. A vous de juger…
“Je vous disais donc qu’en entrant dans le salon, ce soir-là, elle jeta à tout le monde et même au plus humble, qui était moi, quelque miette de son sourire. Je ne la quittai point du regard et je crus surprendre dans ses beaux yeux une expression de tristesse ; j’en fus bouleversé. C’est que, voyez-vous, j’étais une bonne créature. On la pria de jouer au piano. Elle joua un nocturne de Chopin : je n’ai jamais rien entendu de si beau. Je croyais sentir les doigts mêmes d’Alice, ses doigts longs et blancs, dont elle venait d’ôter les bagues, effleurer mes oreilles d’une céleste caresse. (Lire la suite…)







Méfiant, mal à l’aise, Robert Bresson l’est, assurément, il a construit son film, Pickpocket (1959) sur une intuition, une expérience vécue à laquelle il donne instinctivement tout son crédit. France Roche le devine très rapidement et la douceur de sa voix tout autant que la délicatesse de ses sollicitations lui permet d’approcher le cinéaste sans l’effaroucher ; l’anecdote révélée grâce à sa perspicacité, celle d’un voleur réellement rencontré par Bresson est l’amorce véritable de l’entretien et permettra ensuite de mieux cerner la conception que Bresson se fait de son art, tendant toujours à bien dissocier ce qu’il est et ce qu’il produit grâce à ses expériences, celles de son « métier » (selon ses propres dires, Bresson a déjà construit un lien fidèle avec les spectateurs) et celles de la vie, potentiel infini de tentatives douloureuses dont il faut tirer quelques enseignements. Le cinéma de Bresson est un mélange de ces deux éléments.
Qu’est ce qu’un film musical ? Je vois essentiellement deux genres : la comédie musicale et le documentaire musical. Nous reviendrons sur le premier genre qui cessera d’être une comédie à partir des années 60 (Les parapluie de Cherbourg, Cabaret, Phantom of the paradise, The Rocky Horror Picture Show, Tommy… ne flirtent plus vraiment avec la comédie) pour nous intéresser au second.
Il y a toujours chez un réalisateur une scène, un dialogue qui le dit et plus généralement définit une époque.