Les Salles Obscures

Le passé éclaire le futur

Qu’est ce qu’un film musical ? (Acte 1) 25 août 2009

Filed under: Documentaire Musical,Le Passé Recomposé — lessallesobscures @ 23:50

Après l’âge d’or des comédies musicales américaines de Busby Berkeley, Vincente Minnelli, Stanley Donen… le cinéma s’est emparé de la musique populaire avec le documentaire. Les Beatles, Bob Dylan et les Rolling Stones ont été initialement les principaux sujets sans oublier les grands festivals sixties : Monterey, Woodstock et Altamont.

Mick Jagger Gimme ShelterQu’est ce qu’un film musical ? Je vois essentiellement deux genres : la comédie musicale et le documentaire musical. Nous reviendrons sur le premier genre qui cessera d’être une comédie à partir des années 60 (Les parapluie de Cherbourg, Cabaret, Phantom of the paradise, The Rocky Horror Picture Show, Tommy… ne flirtent plus vraiment avec la comédie) pour nous intéresser au second.

Le documentaire musical est presque né avec le rock et ce pour deux raisons. La première est technique, c’est en soixante que les caméras s’allègent et peuvent se porter à l’épaule (on se souvient des difficultés d’Orson Welles pour son doc sur la musique brésilienne…) ; et la seconde, sociologique. Le rock, surtout à partir des années 60 et avec l’arrivée des Beatles, proposent des auteurs aux succès internationaux et non plus de simples interprètes – aussi brillants qu’ils puissent être – façonnés par une industrie à tubes… Le Jazz aurait pu (du) susciter cet intérêt ; mais trop « noir » et élitiste (je pense à la révolution Bop) pour être un sujet de documentaire dans ces années (30/60). Ce qui fait que nous n’avons que des captations de concert de Jazz mis à part le brillantissime film de Bruce Weber sur Chet Baker, Let’s get lost

L’un des premiers grands documentaires rock est Dont look back de D.A. Pennebaker… (J’escamote volontairement le docu sur l’arrivée des Beatles aux USA par les frères Maysles pour manque de point de vue. Ils se rattraperont avec Gimme Shelter). Pennebaker suit Dylan dans sa tournée anglaise de 65 où il est chahuté par les intégristes folk, capture ses rencontres : Donovan (cf. l’article du blog It’s Only Rock’n’Roll : Dylan and Donovan – Dont look back), Allen Ginsberg, Marianne Faithfull, John Mayall… et, bien sûr, lui emboîte le pas où qu’il aille.

La difficulté, bien gérée par Pennebaker, est de ne pas glisser dans le panégyrique : le documentaire qui gomme les aspérités de la vedette, le film au service de la maison de disque (souvent le cas aujourd’hui). Honnêteté dont fera les frais Robert Franck pour son Cocksucker Blues, docu sur la tournée 72 des Stones aux US, la première depuis le drame d’Altamont (filmé par les frères Maysles dans Gimme Shelter). Cocksucker Blues n’a jamais été diffusé (il se trouve facilement en téléchargement sur le web) pour avoir nui à l’image que les Stones cherchaient à se reconstituer : Jagger prend une ligne backstage, les Stones assistent hilares à des scènes d’orgies, Keith est dans un sale état… Signalons également Let it be de Michael Lindsay-Hogg, film sur la dislocation des Beatles que j’ai toujours considéré comme inachevé.

Filmer un concert ou un festival possède une autre difficulté… Il faut que l’événement véhicule autre chose qu’un simple défilé de groupes aux prestations rarement homogènes. C’est dans ce cadre générationnel que s’inscrit la trilogie Monterey Pop, Woodstock et Gimme Shelter. Monterey, la genèse ; Woodstock, l’événement emblématique et Gimme Shelter, le revers de la médaille hippie, la fin des sixties. Dans ce film, tristement célèbre pour sa violence – celle du service d’ordre assuré par les Hells Angels qui exécutent un spectateur sous l’oeil de la caméra – les Stones, principales vedettes, s’interrogent sur les images en salle de montage. Cet effet de construction tente de dédouaner Mick et sa bande dans ce fiasco qui devait être leur Woodstock à eux. Scorsese, opérateur sur Woodstock, filmera le concert d’adieu du Band (The Band : The Last Waltz), propre, poli et émouvant par instant, mais en tout cas nettement supérieur à Shine a Light, caricatural.

Décimé par le clip, le reportage TV, et surtout les plans média, le documentaire musical se fait désormais rare et inintéressant.

Charles Lartigue

Gimme Shelter (1970) d’Albert & David Maysles et Charlotte Zwerin

The Last Waltz (1978) de Martin Scorsese (rencontre des trois canadiens The Band, Neil Young & Joni Mitchell)

Let it Be (1970) de Michael Lindsay-Hogg (Get back)

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3 Responses to “Qu’est ce qu’un film musical ? (Acte 1)”

  1. jokerwoman Says:

    A mon avis, si The Last Waltz est nettement supérieur à Shine a light c’est aussi parce que les Stones sont…décevants. Un groupe de rock qui joue devant des millionnaires et qui fait des politesses aux Clinton pendant 10 minutes, c’est déjà moyen (ça vend pas tellement du rêve), alors en plus un Mick qui gesticule sans voix et sans instrument… C’est carrément inintéressant.
    D’autant plus quand un monument comme Buddy Guy entre sur scène, on se dit que la déception est justifiée. Il est bien plus vieux, et fait passer Mick Jagger pour un prépubère qui hurle du rock devant son miroir…
    Sinon, Don’t look back est pour moi le meilleur documentaire musical jamais réalisé. Cela dit, Dylan est un bon client, il faut l’avouer…

  2. […] PS : Pour ceux qui souhaiteraient prolonger le débat sur la dialectique qu’entre Cinéma et Musique, je vous conseille les articles des Salles Obscures. […]

  3. […] Mitchell, Van Morrison, Ringo Starr, Muddy Waters, Ron Wood, Neil Young et, bien sur, Bob Dylan. Un magnifique film musical […]


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