Les Salles Obscures

Le passé éclaire le futur

Vincere de Marco Bellocchio – Pouvoir de la folie et folie du pouvoir 3 mars 2010

Filed under: Critiques de Films,Vincere (Marco Bellocchio) — lessallesobscures @ 10:19
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Cinéaste découvert dans les années 70, Marco Bellocchio nous offre un film puissant sur un épisode caché de la vie de Mussolini prouvant que son engagement politique perdure et que sa verve critique ne s’est pas tarie. Un film à voir absolument.

Fragment ignoré d’une relation intime qui épouse sans le savoir le destin d’un peuple, Vincere (vaincre en italien) est l’histoire à peine romancée de la maitresse de Mussolini, du fils jamais reconnu qu’il eut avec elle, d’un amour désespéré pour un homme qui l’instrumentalisa pour tester sur elle son indubitable magnétisme dans ses années de formation politique. Cette femme, aussi belle que fragile, magistralement interprétée par Giovanna Mezzogiorno est une créature vulnérable, qui trouve dans sa soumission à la folie d’un homme une jouissance incomparable. Son aliénation, provoquée autant par la violence d’une passion irrationnelle que par un déséquilibre identitaire, préfigure la démence à venir d’un peuple entier qui trouvera dans la figure de Mussolini, pantin pathétique, de quoi assouvir sa soif de revanche, et fantasmer sur l’hypothétique retour d’une hégémonie qui fit, dans les temps reculés, de l’Italie le berceau indiscuté de la civilisation latine et le foyer crépitant d’une conquête irraisonné du monde. Le nationalisme exacerbé qu’un despote savant et calculateur a su infuser dans leur âme n’est pas loin des passions amoureuses les plus avilissantes qu’un être est capable de développer dans un esprit aveuglé par ses sentiments ; et jouant sur les plus bas instincts d’une communauté comme sur les attentes d’une personne sans repères, ce film nous pousse à réfléchir sur la perversité des rapports humains et le jeu des dominations mutuelles, corps, verbes, sensualité ou dialectique se partagent les responsabilités des plus grands drames, qu’ils soient historiques ou conjugaux.

Vincere nous met en garde contre les dérives que tout système, quand il veut se poser en modèle indiscutable de gouvernance, ne manque pas de provoquer. Gustave Le Bon, essayiste français aux théories pas toujours recommandables, écrivit en 1895 dans ouvrage « La psychologie des foules »: « Les meneurs ne sont pas le plus souvent des hommes de pensée, mais des hommes d’action. Ils sont peu clairvoyants, et ne pourraient l’être, la clairvoyance conduisant généralement au doute et à l’inaction. Ils se recrutent surtout parmi ces névrosés, ces excités, ces demi-aliénés qui côtoient les bords de la folie ». Jamais les mots tirés de son essai n’ont sonné aussi justes.

Vincere (2009) de Marco Bellocchio avec Giovanna Mezzogiorno et Filippo Timi

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