Les Salles Obscures

Le passé éclaire le futur

Euzhan Palcy présente « Rue Cases-Nègres » pour une relecture de circonstance. 28 février 2010

Filed under: Critiques de Films,Rue Cases-Nègres (Euzhan Palcy) — lessallesobscures @ 19:39
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27 ans après sa sortie, le film d’Euzhan Palcy ressort sur les écrans. Retour sur une aventure cinématographique qui mène obligatoirement à des questions sociétales fortes en ces temps d’identité nationale : la place du noir sur les écrans français et dans la culture métropolitaine.

Lors de la présentation pour la re-sortie de Rue Cases-Nègres, Euzhan Palcy a insisté, afin d’éviter tout malentendu, sur la dimension pédagogique de sa démarche. Il ne s’agit pas, en révélant la réalité des Antilles post-coloniales, de demander des comptes mais bien d’informer le plus grand nombre sur des épisodes ignorés de notre histoire commune, de rétablir certaines vérités historiques, d’entamer un travail long et patient de relecture mémorielle, en insistant davantage sur la responsabilité collective que sur la culpabilité individuelle, tout en pensant l’avenir ensemble dans la ferme intention de soigner les plaies de souvenirs encore vifs par la médecine douce d’un art vulgarisateur mais critique dans son procédé et réfléchi dans ses affirmations. (more…)

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La Rumeur (The Children’s Hour) de William Wyler 10 février 2010

Sorti fin 61, la Rumeur de William Wyler avec Audrey Hepburn et Shirley MacLaine est un des premiers films hollywoodiens à aborder l’homosexualité féminine.

Heureuse initiative qu’a eue le distributeur Lostfilms de faire découvrir à un public composé d’amateurs et de curieux, un chef-d’œuvre oublié des années 60, La Rumeur de William Wyler, sorti juste après Ben-Hur, le péplum viril aux onze oscars.

Ici, point de muscles saillants et de batailles de chars, Wyler considéré comme l’artisan méticuleux d’un cinéma spectaculaire – drames historiques, comédies musicales ou comédies savoureuses – nous donne une très grande leçon de cinéma dans une œuvre injustement méconnue qui mérite une relecture patiente et dépassionnée tant ses qualités sont nombreuses, et son intérêt sociologique, indéniable.

L’histoire est simple mais l’intrigue savamment élaborée, deux femmes, Karen Wright (Audrey Hepburn) et Martha Dobie (Shirley MacLaine), amies d’enfance, ont travaillé dur pour mettre sur pied leur rêve de jeunesse : une pension pour jeunes filles dans un petit village des Etat-Unis. Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce que l’une des deux institutrices décide d’officialiser sa liaison avec Joe Cardin, le vigoureux médecin du canton, homme joyeux et plein de projets. L’annonce d’un mariage imminent désarçonne Martha qui voit dans cette union la fin de l’amitié fusionnelle qu’elle entretenait jusque là avec Karen, collègue dans le travail autant que confidente. (more…)

 

Oui, monsieur ! – Baisers Volés – François Truffaut 5 février 2010

François Truffaut, on le sait, avait une véritable passion pour la littérature, à tel point, qu’il n’a pas hésité à s’inspirer très fortement d’un très beau roman d’Anatole France (1844-1924), grand écrivain français du siècle dernier, pour élaborer une scène fameuse de son film Baisers volés (1970). Chef-d’oeuvre du 7 ème art, avec un Doisnel très troublé par le jeu de séduction sans équivoque de l’ensorcelante Delphine Seyrig, une ressemblance troublante avec la jeune fille du roman d’Anatole France qui a de quoi troubler tout investigateur un peu perspicace. A vous de juger…

« Je vous disais donc qu’en entrant dans le salon, ce soir-là, elle jeta à tout le monde et même au plus humble, qui était moi, quelque miette de son sourire. Je ne la quittai point du regard et je crus surprendre dans ses beaux yeux une expression de tristesse ; j’en fus bouleversé. C’est que, voyez-vous, j’étais une bonne créature. On la pria de jouer au piano. Elle joua un nocturne de Chopin : je n’ai jamais rien entendu de si beau. Je croyais sentir les doigts mêmes d’Alice, ses doigts longs et blancs, dont elle venait d’ôter les bagues, effleurer mes oreilles d’une céleste caresse. (more…)